BlogPremium
RSS
RSS comm
Marcel Kalmann, un Américain de 64 ans, affirme ne pas avoir été servi dans un café-restaurant de la ville flamande de Bruges parce qu'il portait une kippa. "On ne sert pas les juifs ici. Dehors !", lui aurait lancé le serveur de ce célèbre établissement, situé sur la place centrale de la cité. Le touriste, professeur aux Etats-Unis, a alors quitté les lieux et s'est rendu dans un commerce voisin, d'où il a tenté d'appeler la police tandis que le personnel lui présentait des excuses. Un opérateur lui a indiqué que les patrouilles ne se déplaçaient pas pour une affaire de ce genre et l'a invité à se rendre au commissariat.


Là, selon la version de M. Kalmann, un premier policier lui sous-entend que son histoire est invraisemblable. Un deuxième, sans doute un officier, lui indique, en élevant le ton, que sa plainte doit obligatoirement être enregistrée en néerlandais et que la législation belge ne retient pas le délit d'antisémitisme. Le plaignant repartira avec un simple compte rendu d'audition, sans valeur.


M. Kalmann a contacté depuis le magazine juif Joods Actueel, édité à Anvers. Il a raconté son histoire et indiqué qu'il envisageait de déposer plainte tant contre le patron du café-restaurant que contre les policiers. Il entend aussi saisir le comité "P", qui contrôle les services de police belges.



"COMPORTEMENTS INADÉQUATS"



L'exploitant du café ne conteste pas que le professeur ait été expulsé. Il se dit prêt à lui présenter des excuses "s'il le désire" mais soutient que ce client aurait eu "un comportement étrange". Les voisins de l'établissement préfèrent, semble-t-il, résumer à l'affaire à une querelle sur les tarifs pratiqués : les serveurs jongleraient allégrement avec les prix en fonction du profil des clients.


Les services touristiques de la ville ont ouvert une enquête sur une affaire. Le bourgmestre (maire) chrétien-démocrate, a réclamé une information circonstanciée à la police et exigé "toute la clarté". Il a présenté ses excuses au citoyen américain, dans la mesure où il aurait été victime de "comportements inadéquats" ne cadrant pas avec l'image de "ville accueillante" qu'entend offrir Bruges.

Le bourgmestre rappelle qu'en avril 2007, après la violente agression dont avait été victime un Français noir dans un café de la ville, il avait soutenu l'organisation d'un concert de solidarité et fermé l'établissement.

La communauté juive de Flandre a réagi avec d'autant plus d'émotion que Marcel Kalmann a une histoire très particulière. Né à Auschwitz trois jours avant la libération du camp, caché par des compagnons de captivité de sa mère, il est resté comme le plus jeune détenu libéré du camp de la mort.

Source:Lemonde.fr par Jean-Pierre Stroobants

Porteur de mémoiresC'aurait pu être le titre du nouveau livre du père Patrick Desbois afin de présenter le travail colossal mené, jusqu'à présent dans l'ombre, pour donner la parole aux derniers témoins de l'extermination des Juifs d'Ukraine.

Enfant, c'est auprès de son grand-père Claudius, volailler à Chalon-sur-Saône, que Patrick Desbois a appris le poids du silence. La guerre vient alors de s'achever et l'homme, malgré les questions incessantes, refuse obstinément d'évoquer sa longue détention en Ukraine, à Rawa-Ruska. Pour toute réponse, il se contente un jour de lâcher : « Pour nous, dans le camp, c'était difficile ; il n'avait rien à manger, on n'avait pas d'eau, on mangeait de l'herbe, des pissenlits. Mais pour les autres, c'était pire ! »

Un million et demi de morts

En 2003, c'est dans l'espoir de découvrir ce qu'ont alors subi « les autres » que Patrick Desbois, devenu prêtre après avoir suivi des études d'histoire et de mathématiques, se rend à Rawa-Ruska. Là, il convainc le maire de l'emmener sur la fosse où ont été jetés 1 200 Juifs fusillés par les Einsatzgruppen, en 1943. « Ce jour-là, je me suis trouvé devant une centaine de personnes très pauvres dont la plupart tenaient leur vache en laisse, se rappelle le prêtre. L'un après l'autre, ces gens, qui s'étaient tus pendant des décennies, m'ont alors raconté avec leurs mots très crus comment s'était passée l'exécution des Juifs. Régulièrement, ils se tournaient vers moi pour guetter ma réaction, comme pour voir si j'étais capable d'encaisser leur terrible récit. »

Rapidement, le prêtre décide de renouveler l'expérience dans d'autres villages avec le double souci de raconter la « Shoah par balles », qui selon les récentes estimations de plusieurs historiens aurait fait un million et demi de morts en Ukraine, mais aussi de donner une sépulture aux victimes. Avec les encouragements du cardinal Jean-Marie Lustiger et le soutien du Vatican, il épluche les archives, s'adjoint les services d'historiens spécialistes du nazisme et multiplie les voyages en Ukraine. « En donnant la parole à tous ces témoins directs, il a profondément bousculé l'histoire de la Seconde Guerre mondiale qui, longtemps, a eu tendance à sous-estimer le bilan de la Shoah par balles », explique Édouard Husson, maître de conférence en histoire contemporaine à la Sorbonne. Signe de la reconnaissance accordée à ses travaux, Patrick Desbois coanimera cette année, à l'université Paris-IV, un séminaire consacré à l'extermination des Juifs d'Ukraine.

Source: Lefigaro.fr