Cette image restera probablement dans l'Histoire.
Pour la première fois depuis la création de l'Etat d'Israël, il y a 60 ans, et depuis la reconnaissance d'Israël par l'Allemagne en 1965, le chef du gouvernement allemand s'exprime à la tribune de la Knesset, l'unique chambre du Parlement israélien, honneur suprême réservé aux chefs d'Etat reçus en visite officielle en Israël. Angela Merkel, dont j'apprécie beaucoup la façon dont elle gouverne l'Allemagne, n'a pas manqué de souligner l'honneur qui lui a été rendu.
"Je vous remercie de m'avoir fait l'honneur de pouvoir m'adresser à la Knesset", a déclaré Angela Merkel en hébreu aux parlementaires israéliens au troisième jour de sa visite en Israël avant d'enchaîner en allemand.
"Nous autres, Allemands, la Shoah nous emplit de honte. Je m'incline devant ses victimes, ses survivants et ceux qui les ont aidés à survivre. (...) Allemands et Israéliens sont et seront toujours liés d'une manière particulière par la mémoire de la Shoah. (...) Je vous remercie tous de m'avoir permis de m'adresser à vous dans ma langue maternelle. (...) Les menaces que font peser les Iraniens sur Israël et le peuple juif sont sans aucun doute une source d'inquiétude. Ce n'est pas au monde qu'il revient de prouver que l'Iran fabrique la bombe atomique mais à l'Iran de convaincre le monde qu'il ne veut pas se doter de l'arme atomique".
Née après la Seconde Guerre Mondiale, Angela Merkel incarne cette génération de femmes et d'hommes qui, sans avoir connu cette époque dramatique, a reçu de fait le lourd héritage nazi de la responsabilité de la Shoah. En ne dissimulant pas ce pan de l'Histoire de l'Allemagne et de l'Europe, Angela Merkel n'a pas oublié le devoir de mémoire indispensable. Comment, en effet, pourrait-on oublier, même plus de 60 ans après, ce qu'il s'est passé dans toute l'Europe, de la France à la Russie en passant par l'Italie et l'Allemagne ? Comment pourrait-on rester indifférent face au plus grand génocide systématique de l'Histoire ? Comment ne pas sentir les larmes monter aux yeux à la pensée des millions de femmes et d'hommes assassinés car nés juifs ?
Aujourd'hui encore, pour ce génocide comme pour tous les autres, c'est l'humanité toute entière qui doit être empli de honte. Honte d'être capable du meilleur comme du pire, repoussant sans cesse les limites de l'acceptable.
Contrairement à Angela Merkel qui a qualifié "l'amitié entre Israël et l'Allemagne, [de] miracle de l'Histoire", celle-ci est pour moi le fruit d'une logique, celle qui fut d'ailleurs sa conclusion ("Shalom", la paix en hébreu). Il ne s'agit pas de faire porter la faute de la Shoah à tout un peuple sur des générations. Si grave qu'ait pu être le crime commis, l'heure est à la réconciliation des peuples, des pays, des Etats.
Première étape avant d'envisager avancer vers la paix...